Anotació

Homme je suis, humaine est ma mesure

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Laia Fontàn.

 

 

Chant Spirituel

 

Si le monde est déjà si beau, Seigneur, quand on le contemple
De cet oeil où vous avez mis votre paix,
Que nous donnerez-vous de plus, dans une autre vie?

Voilà pourquoi je suis si jaloux des yeux et du visage,
Du corps que vous m’avez donnés Seigneur
Et du coeur qui toujours y remue… j’ai si peur de la mort

De quels autres yeux me ferez-vous voir
Ce bleu de ciel sur les montagnes,
La mer immense, et le soleil qui enflamme tout?
Rendez-moi sensible la paix éternelle
Et je ne voudrais d’autre ciel que ce ciel bleu.

Celui qui ne veut fixer aucun moment,
Sinon l’instant qui lui apporte la mort,
Je ne le comprends pas, Seigneur, moi qui vaudrais
Arrêter tous les moments du jour
Pour les éterniser dans mon coeur.
Peut-être cette éternité est·elle déjà la mort?
Mais alors, que serait la vie?
L’ombre seulement du temps qui passe,
L’illusion du proche et du lointain,
Le calcul du beaucoup et du peu et du trop
Mensonge pour finir puisque toute chose est à jamais donnée.

Qu’importe! Ce monde tel qu’il est
Si divers, spaciex et périssable
Cette terre et tout ce qui s’y crée
C’est ma patrie, Seigneur!
Puisse-t-elle être aussi ma patrie céleste.
Homme je suis, humaine est ma mesure
Pour tout ce que je puis croire et espérer;
Si ma foi et mon espérance s’arrêtent ici,
M’en ferez-vous ailleurs une faute?
Ailleurs, je vois le ciel et les étoiles,
El là aussi, je voudrais être
Mais si vous avez fait les chous si belles à mes yeux,
Si vous avez fait mes yeux pour elles
A quoi bon les fermer, cherchant un autre «Comment»
Quand pour moi, ce monde est irremplaçable?
Je sais bien, Seigneur, que vous êtes,
Mais qui sait où vous êtes?
Tout ce que je vois prend en moi votre visage…
Laisez-moi donc croire que vous êtes ici.
Et, quand viendra cette heure d’angoisse
Où mes yeux d’homme se fermeront,
Ouvre-moi, Seigneur, d’autres yeux plus grands
Que je contemple votre face immense
Et que la mort me soit une plus grande naissance.

 

Joan Maragall

 

Traducció d’Albert Camus i Víctor Alba, publicada, amb altres poemes de Maragall, a Le Cheval de Troie, París, agost-setembre del 1947.

 

Pont Blau (Mèxic), núm. 62 (des. 1957), p. 401.

 

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